Alice au pays des merveilles
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Séquence didactique
Justification de l’œuvre à l’étude
Aborder un conte pour enfants tel qu’Alice au pays des merveilles avec des élèves de secondaire cinq peut sembler inopportun au premier abord puisque les élèves de ce niveau sont d’ordinaire amenés à voir en priorité les genres de textes de type argumentatif. Certes, mais rien n’indique, du moins au Québec, que les autres types de textes ne peuvent également venir enrichir leur expérience culturelle.
Problèmes à résoudre
Le fait que ce soit un texte à l’origine destiné aux enfants rend la lecture de ce conte accessible à tous, les plus petits comme les plus vieux. Or, pour en arriver à faire une lecture qui dépasserait le simple niveau de sens littéral, il faut en somme résoudre ces deux problèmes que pose le texte.
1) Un problème d’ordre typologique :
Alice au pays des merveilles, qui devrait s'inscrire naturellement dans le genre du conte pour enfants, dépasse largement la typologie qui est propre au merveilleux. En fait, Carroll a ajouté un élément au merveilleux qui est peu fréquent dans les contes folkloriques classiques : le rêve.
2) Un problème de l’ordre de la représentation elle-même :
La représentation de l’enfant que nous donne Carroll à travers la petite Alice ne cadre pas avec celle qu’on avait de l’enfant au XIXe siècle. En fait, c'est qu'Alice se permet de transgresser la morale établie avec ses audaces, ce qui va à l'encontre de l'idée même que l'on attendait d'un conte à cette époque.
Objectifs
Les élèves pourront réaliser que même si à l’origine, Alice au pays des merveilles n’était qu’un texte destiné aux enfants, il est plus qu’un conte enfantin : il s’agit d’un texte qui a marqué l’histoire de la littérature elle-même. Davantage, ce que Carroll nous a donné avec ce texte, c’est une redéfinition des bases de la littérature pour enfants en mettant l’imagination au service de l’enfance. En somme, l’idée est de montrer que Carroll est l’un des premiers à avoir soustrait de la littérature de jeunesse sa visée didactique et religieuse.
LA SÉQUENCE
AVANT LA LECTURE
Activité 1 - Ce que représente l’enfance pour vous
Avant d’entrer dans la lecture de l’œuvre ainsi que dans son étude, il est à notre sens essentiel de discuter de ce que représente l’enfance pour les élèves. Cette entrée en matière devrait permettre aux élèves de voir que leur idée de l’enfance est bien différente de celle qu’on avait seulement un siècle plus tôt.
Activité 2 - Recherche sur la représentation de l’enfance au XIXe siècle
Une fois que nous avons circonscrit ce que représente la période de l’enfance pour des élèves du XXIe siècle, une recherche s’impose. Sur le site de la Bibliothèque nationale de France, on trouve un dossier intitulé Babar, Harry Potter et cie. Livres pour enfants d’hier et d’aujourd’hui. Ce dossier devrait nous donner une idée de ce que pouvait représenter l’enfance aux yeux des hommes du XIXe siècle. En effet, à partir des informations trouvées sur ce site, les élèves pourront voir que l'idée de l’enfance était à l’origine idéalisée : le livre pour enfants visait non pas à développer la dimension imaginative qui est si caractéristique à cette période de la vie, mais bien à instruire de la morale et des bonnes conduites à adopter en société aux jeunes.
PENDANT LA LECTURE
Activité 3 - Lecture accompagnée de l’œuvre
Les élèves ont maintenant une certaine représentation de l’époque dans laquelle prend vie l’œuvre à lire : ils peuvent donc commencer leur lecture. Or, cette lecture ne saurait être efficace sans que l’on aide les élèves à porter leur attention sur des éléments en particulier, des éléments qui sont en fait liés aux deux problèmes à résoudre. En effet, rien ne nous indique que les élèves peuvent par eux-mêmes effectuer ce que l’on peut considérer comme une lecture de deuxième niveau. C’est pourquoi, en ayant en main une série de questions qui serviront à accompagner leur lecture, les élèves pourront mieux repérer les éléments de l’œuvre qui sont porteurs de sens. Voici les éléments que nous aimerions qu’ils remarquent.
1. Comment Alice réagit-elle face aux éléments merveilleux qu’elle rencontre?
2. Si Alice devait tomber pour se rendre au pays des merveilles au début de l’histoire, comment fait-elle pour le quitter à la fin?
3. Lors de la partie de croquet, comment Alice réagit-elle quand la Reine s’adresse directement à elle? De quelles natures sont ces répliques ? Comment réagit-elle à ses propres répliques?
4. Outre Alice, nommez un personnage central de cette œuvre et pourquoi nommez-vous celui-là?
5. Est-ce que la Reine a une véritable autorité sur son royaume?
Activité 4 - L’apport du genre pour la compréhension de l’œuvre
La question du genre est d’une importance capitale pour bien comprendre pourquoi Alice peut parfois interagir de façon désinvolte et souvent de façon audacieuse avec les personnages qu’elle rencontre alors que cette conduite est tout à fait contraire aux attentes envers une petite fille de cette époque. L’idée est donc de faire voir aux élèves que seul le genre littéraire « choisi » par Carroll permet cette transgression. Pour ce faire, les élèves devront commencer par comparer le conte du Petit Chaperon rouge de Perrault avec Alice au pays des merveilles de Carroll, à partir des critères mentionnés ci-dessous qui ne visent pas à faire entrer les élèves dans les définitions strictes du genre, mais bien à leur donner une idée générale des grands traits qui caractérisent le genre du conte merveilleux pour enfants.
- Les contes peuvent animer les animaux et les végétaux, tout comme les choses inertes.
- Dans les contes, seules les lois physiques sont transgressées, par exemple, un lapin qui parle, Alice qui grandit et rapetisse... Donc, si des lois morales sont transgressées, cette transgression fera par la suite l’objet d’une punition, ce qui n’est pas le cas pour les transgressions physiques.
- Les contes se terminent toujours par une morale à retenir, que cette dernière édifie ou non le personnage de l’histoire.[1]
Cette mise en relief devrait avoir permis aux élèves de voir qu’avec Alice aux pays des merveilles, nous ne sommes pas en présence d’un conte traditionnel. Mais, dans ce cas, à quel genre le « conte » de Carroll correspond-il ? En fait, Carroll a ajouté au merveilleux un élément peu fréquent dans les contes pour enfants : le rêve. Il s’agira donc de demander aux élèves de relever dans le texte autant d’éléments qui relèvent de la structure onirique. Pour ce faire, l’enseignant, a priori, devra avoir indiqué aux élèves qu’Alice, du fait qu’elle rêve, peut se permettre tout ce qu’elle veut du moment qu’elle en exprime le désir. Par exemple, la petite fiole sur laquelle est écrit « Bois-moi » apparait au moment où Alice pense que si elle était petite, elle pourrait ouvrir la petite porte et traverser vers le jardin. Du coup, ils devraient comprendre que c’est parce qu’Alice rêve qu’elle peut transgresser la morale établie et, conséquemment, transgresser la représentation de l’enfance qui était de mise au XIXe siècle.
APRÈS LA LECTURE
Activité 5 - Comparaison du film de Disney et de l’œuvre de Carroll
Le film Alice au pays des merveilles est une réécriture de l’œuvre de Lewis Carroll par Walt Disney. Les élèves comprendront que Disney[2] n’a pas inventé cette œuvre, mais bien qu’il propose sa propre vision de celle-ci. Lors du visionnement du film en classe, les élèves devront noter les passages du film qui diffèrent du livre. En effet, des scènes de l’œuvre de Carroll ont été supprimées ou modifiées dans la version proposée par Disney. De plus, certains éléments, comme les multiples chansons, ont été ajoutés.
Grâce aux observations mentionnées par les élèves, ils seront à même de constater que malgré les changements de Disney, le film s’inscrit tout de même dans l’univers de Lewis Carroll. Les personnages de Disney respectent la douce folie de Carroll et le plus important est qu’Alice garde son caractère curieux en questionnant constamment les gens, les animaux, les plantes et toutes les créatures qu’elle rencontre sur son chemin. Avec ce constat, les élèves sont prêts à faire la prochaine activité.
Activité 6 - Le pastiche
L’activité du pastiche permettra aux élèves de consolider leurs acquis en regard d’une représentation de l’enfance qui peut transgresser un certain stéréotype, mais aussi en regard d’un genre qui dépasse les limites du merveilleux : c’est ainsi que les élèves devront terminer le rêve d’Alice. En effet, dans le « conte », le rêve se termine plutôt brusquement, comme n’importe quel rêve d'ailleurs. Mais, comme dans n’importe quel rêve aussi, Alice aurait très bien pu continuer à rêver… Les élèves devront donc continuer le rêve d’Alice en respectant, d’une part, la structure onirique du « conte », donc un rêve dans un univers merveilleux et, d’autre part, en respectant la personnalité d’Alice, une personnalité souvent libérée des conventions admises.
Conclusion
Cette séquence didactique devrait avoir permis aux élèves d’aborder Alice au pays des merveilles avant, pendant et après leur lecture de l’œuvre. Par leur recherche sur la représentation de l’enfance dans les œuvres littéraires du XIXe siècle, mais aussi par leur travail sur la question du genre atypique, les élèves auront probablement pris conscience de l’importance de considérer sous plusieurs angles un texte si l’on veut être à même d’en juger son contenu et sa forme. Cette séquence didactique devrait ainsi avoir été une occasion pour les élèves d’entrer en contact avec un des pans de la culture occidentale, soit sa littérature enfantine. En effet, c’est par exemple en comparant deux contes différents, Le petit chaperon rouge et Alice au pays des merveilles que les élèves auront pu inscrire un texte dans une tradition littéraire et, ainsi, en mesurer toute sa spécificité. En somme, les élèves devraient avoir réalisé que tous les contes merveilleux pour enfants ne sont pas moralisateurs et qu’Alice, avec la représentation d’une enfant qui peut tout se permettre du fait qu’elle rêve, et ce, sans jamais être punie, démontre assez bien qu’un texte peut sortir des standards attendus et ainsi, innover.
[1] Critères inspirés de Jean Gattégno, dans Lewis Carrol, Paris, Librairie José Corti, 1970, pp.86-90. Mais aussi, ce texte critique nous a servi è monter l'activité 4.
[2] L’enseignante peut mentionner au passage que d’autres films de Disney tels que Blanche-Neige et Cendrillon sont des réécritures de contes folkloriques.
Références
Bibliothèque nationale de France. Exposition virtuelle intitulée Babar, Harry Potter et cie. Livres pour enfants d’hier et d’aujourd’hui, section «Livres à feuilleter». Adresse : http://expositions.bnf.fr/
Gattégno, Jean, Lewis Carrol, Paris, Librairie José Corti, 1970
Perrault, Charles, Contes de Perrault, Bourges, Éditions Garnier Frères, 1967, pp.113-115.
Studio Disney (réalisation), Alice au pays des merveilles, États-Unis, 1951 (réédition de 2004), en DVD, 75 minutes.