Les bonnes
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Séquence didactique
PERTINENCE DU TEXTE CHOISI
Notre séquence didactique s’adresse aux cégépiens qui assistent au cours Littérature et imaginaire. Ce cours vise à expliquer les représentations du monde contenues dans divers textes littéraires. Les bonnes constitue une œuvre phare d’un courant majeur du vingtième siècle, le théâtre de l’Absurde. Cette pièce, publiée en 1947, représente dans une forme dramaturgique le climat angoissant d’un monde qui se relève à peine des horreurs de la Deuxième Guerre mondiale. La plupart des cégépiens ont une certaine connaissance des évènements tragiques qui ont jalonné la Deuxième Guerre mondiale. Au cours de cette séquence didactique, ils pourront réfléchir sur la manière dont ces évènements ont pu marquer la dramaturgie des Bonnes. La violence constitue l’un des thèmes dominants de cette pièce. Les étudiants vivent dans une société où les représentations médiatiques de la violence abondent. La conception de la violence véhiculée dans cette pièce possède une profondeur qui est totalement absente de la brutalité médiatisée.
PROBLÈMES DE LECTURE POSÉS PAR CE TEXTE
Des problèmes de lecture découlent de la vision dramaturgique de Genet. Cette séquence didactique amène l’étudiant à développer une réflexion sur les problèmes suivants :
- l’influence du fait divers et de l’Histoire dans cette pièce
- la symbolique particulière des objets évoqués
- le rôle d’une mise en abime théâtrale
Chaque problème est lié à un objectif quant à l’étude de la littérature. La réflexion sur la présence de l’histoire individuelle et collective dans cette pièce sert un objectif qui est de définir les liens qui se tissent entre un texte et son contexte. En découvrant la symbolique des objets évoqués dans cette pièce, l’étudiant intègre la notion de poétisation dans sa lecture. La compréhension de la mise en abime dans Les bonnes mène à une connaissance accrue du genre théâtral.
AVANT LA LECTURE
Activité 1 : Établir le lien entre la création littéraire et la réalité
Au début de la séquence didactique, un exposé magistral s’avère nécessaire afin d’offrir des pistes de lecture aux étudiants. Les aspects déroutants du théâtre de l’Absurde, tels que des dialogues où il n’y a aucune communication entre les personnages, doivent être contextualisés par l’enseignant. Cet exposé magistral débute par une brève biographie de Jean Genet. Les fréquents séjours de Genet en prison expliquent en grande partie l’utilisation de l’espace dans Les bonnes. En décrivant cet élément biographique, l’enseignant compare, à l’aide de transparents, l’organisation spatiale des prisons où a séjourné Genet à l’organisation de l’espace dévoilée par les premières didascalies des Bonnes[1]. La partie de l’exposé sur la Deuxième Guerre mondiale insiste sur la perte de confiance envers les institutions. L’enseignant explique aux étudiants que lors de cette guerre, les institutions censées protéger la population se sont retournées contre elle. Dans un monde soumis à une telle inversion entre le bien et le mal, les êtres ne peuvent communiquer entre eux. L’enseignant décrit le fait divers qui a inspiré Les bonnes, le crime des sœurs Papin. En 1933, deux femmes de ménage, Christine et Léa Papin, assassinèrent leur patronne. Une activité d’écriture suit la description de ce crime. Les étudiants forment des équipes de deux et l’enseignant distribue à chaque équipe une coupure de journal qui évoque un fait divers. Chaque équipe doit composer un court dialogue inspiré du fait divers qu’on lui a attribué. À la fin de cette activité, chaque équipe décrit sa source d’inspiration et lit avec expression le dialogue créé.
APRÈS LA LECTURE
Activité 2 : L'écriture
Le genre théâtral est un domaine souvent méconnu par les étudiants. Dans ce contexte, l’enseignant doit favoriser une approche didactique qui ne submerge pas l’étudiant de nouvelles connaissances sur ce genre qui lui est peu familier. L’enseignant pose cette question à l’ensemble de la classe : « À quoi reconnait-on une pièce de théâtre? » Il inscrit les réponses des étudiants sur le tableau. Après ce bilan des connaissances antérieures, l’enseignant distingue le genre théâtral des genres poétiques et narratifs. Pour fournir quelques exemples, il serait intéressant de puiser des extraits dans l’œuvre de Jean Genet. En effet, ce dernier s’est illustré autant dans la poésie et le roman que dans le théâtre. L’enseignant projette chaque extrait à l’aide d’un transparent. Il débute par les extraits de poème et de roman. Il demande à l’ensemble de la classe en quoi réside l’appartenance du texte à un genre précis. Lorsqu’il projette l’extrait théâtral, l’enseignant pose cette question aux étudiants : « qu’est-ce qui distingue ce texte des autres extraits présentés? » La révision des caractéristiques de divers genres littéraires, permet à l’étudiant de dégager la spécificité du genre théâtral. Pour que les étudiants puissent mettre en pratique les connaissances acquises sur le genre théâtral, l’enseignant leur fait réécrire un texte en changeant le genre. L’enseignant distribue à chaque étudiant un passage d’un roman de Jean Genet, Notre-Dame-des-Fleurs.
Après avoir distribué ce passage, il indique un extrait des Bonnes. L’activité d’écriture consiste à élaborer un dialogue théâtral à partir de l’extrait romanesque et à écrire un passage narratif inspiré de l’extrait des Bonnes. Dans cette réécriture, les étudiants doivent tenir compte des caractéristiques de chaque genre.
Activité 3 : Le visionnage d’une mise en scène filmée des Bonnes
Les étudiants assistent à la projection d’une mise en scène filmée des Bonnes réalisée par Michel Dumoulin et mettant en vedette Maria Casarès. Avant la projection, l’enseignant dit aux étudiants de prendre des notes sur les aspects suivants :
- la symbolique des objets, en particulier celle des fleurs
- la différence entre les scènes de mise en abime et les scènes « réalistes »
L’enseignant explique en quoi consiste une mise en abime en s’appuyant sur une reproduction d’une peinture de Jan Van Eyck, Les époux Arnolfini. Dans ce tableau, on voit l’artiste en train de peindre le couple Arnolfini. Après la projection, il importe que l’enseignant discute avec les étudiants de la vision du metteur en scène et du jeu des actrices par rapport au texte de Genet. Après cette discussion collective, l’enseignant montre des photographies prises lors de diverses mises en scène des Bonnes[2]. L’explication de ces photographies s’inscrit dans la sociologie de la littérature. L’enseignant, en commentant ces photographies, prouve que cette pièce se prête à de multiples interprétations. Il désacralise la littérature en démontrant qu’une création littéraire ne constitue pas un texte monolithique qui dicte une seule interprétation. Une activité va justement permettre aux étudiants d’interpréter un symbole majeur de cette pièce, la fleur. Dans un court texte, les étudiants devront comparer la symbolique des fleurs dans Les bonnes et dans un poème de Ronsard, Mignonne allons voir si la rose. Les étudiants devront se servir à la fois d’extraits du texte et de détails de la mise en scène projetée. En comparant la vision des fleurs de Genet à celle de Ronsard, l’étudiant découvre qu’un même objet débouche sur des symboliques différentes. Il intègre la notion de poétisation à sa lecture. À la fin de cette activité, il y aura une mise en commun de l’analyse de chaque étudiant. Il s’agit d’une évaluation formative portant sur l’analyse de textes.
Activité 4 : Une réflexion sur la mise en abime
Dans l’étude d’une pièce de théâtre, il est important que l’étudiant sache ce qui distingue une pièce de théâtre d’un roman ou d’un poème. Par contre, sa compréhension du théâtre ne doit pas se limiter à des aspects formels. Les bonnes véhicule une réflexion profonde sur l’art théâtral. L’étude de la mise en abime théâtrale constitue une occasion privilégiée de réfléchir sur les rapports qui se tissent entre le théâtre et le monde. La scène de la mise en abime dans Hamlet de Shakespeare s’avère un exemple probant de la puissance du théâtre. L’enseignant distribue à sa classe des photocopies de cette scène célèbre. Après avoir lu ce passage, les étudiants se regroupent en différentes équipes afin de répondre aux questions suivantes :
- Pourquoi Hamlet a-t-il voulu confronter son oncle par le biais d’une pièce de théâtre?
- Quel est l’avantage de cette stratégie par rapport à une accusation directe?
Chaque équipe doit écrire un court texte qui répond à ces deux interrogations. Un membre de chaque équipe lit le texte rédigé afin de susciter une discussion collective sur le rôle du théâtre. La réflexion sur cette scène d’Hamlet offre des pistes de lecture pour approfondir l’étude des Bonnes. Les étudiants se servent ensuite des conclusions de cette discussion afin d’écrire une étude portant sur les différences et les ressemblances entre les scènes de mise en abime et les scènes « réalistes » dans Les bonnes.
Il s’agit d’une évaluation formative portant sur le rapport du théâtre à la réalité.
Activité 5 : Des réflexions sur l’ambigüité des relations interpersonnelles
L’une des caractéristiques les plus déconcertantes des pièces affiliées au théâtre de l’Absurde s’avère la constante ambigüité des relations entre les personnages. La crainte est indissociable de la confiance, les manifestations de brutalité débouchent sur des effusions de tendresse. L’étudiant peut ressentir une certaine confusion quant à cette vision des relations humaines. L’enseignant pose ces questions à l’ensemble de la classe :
- Quelle fut l’attitude des institutions telles que la police lors de la Deuxième Guerre mondiale?
- En quoi cette attitude a-t-elle modifié le sentiment de confiance envers ces institutions?
L’enseignant part de ce contexte historique précis afin de déboucher sur une réflexion quant à l’ambigüité inhérente aux relations humaines. Il organise une table ronde sur cette interrogation : « Le théâtre de l’Absurde est-il le courant idéal pour montrer la complexité inhérente aux relations humaines? »
Activité 6 : L'évaluation finale
L’évaluation sommative de cette séquence didactique consiste en la description écrite d’une mise en scène des Bonnes élaborée par l’étudiant. Il ne s’agit pas d’une description détaillée, mais d’une vision globale sur une représentation des Bonnes imaginée par l’étudiant. Ce travail se divise en cinq parties : le jeu des acteurs, le décor, les costumes, le rapport au public, l’actualisation de la pièce (en quoi la représentation va-t-elle rejoindre le public actuel?).
BIBLIOGRAPHIE
Œuvre étudiée dans la séquence didactique
GENET, Jean, Les bonnes, Paris, Gallimard, 1998, 113 p.
Manuels
CANVAT, Karl, Enseigner la littérature par les genres, Bruxelles, De Boeck/Duculot, 1999, 298 p.
FOUCAULT, Michel, Surveiller et punir, Paris, Gallimard, 1975, 318 p.
GENET, Jean, Notre-Dame-des-Fleurs, Paris, Gallimard, 2000, 377 p.
HUBERT, Marie-Claude, L’esthétique de Jean Genet, Paris, Sedes, 1996, 207 p.
TRÉPANIER, Michel et Claude VAILLANCOURT, La guerre et l’après-guerre : l’existentialisme et le théâtre de l’Absurde, Montréal, Éditions Études Vivantes, 2000, 82 p.
Articles
DORT, Bernard, « Le théâtre : une féerie sans réplique », dans Magazine littéraire, numéro 313, septembre 1993, p. 46-50.
RYNGAERT, Jean-Pierre, « Le retour au texte, pour quoi faire? », dans Enjeux, numéro 35, juin 1995, p. 9-36.
Sites internet
http://poesie.webnet.fr/auteurs/ronsard.html (poème de Ronsard)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_époux_Arnolfini (reproduction de la peinture Les époux Arnolfini)
Document audiovisuel
DUMOULIN, Michel, Les bonnes, France, 1986, 110 minutes.