L'homme rapaillé
À propos de l'oeuvre
Auteure ou auteur
À propos de la séquence didactique
Le portail de la littérature est sous la responsabilité des personnes ci-dessous. Il est possible de les contacter pour toutes questions.
Séquence didactique
Objectifs d’apprentissage
Notre séquence didactique sur L’homme rapaillé s’inscrit dans le cadre du cours « Littérature québécoise » (601-103-04) du système d’enseignement collégial québécois. Elle a pour but d’offrir aux étudiants des pistes pour lire adéquatement L’homme rapaillé, œuvre qui s’inscrit d’emblée dans ce que l’auteur a lui-même nommé comme étant la prise en charge d’« une conscience nationale[1] » par la poésie. Il s’agit d’abord de faire connaitre aux étudiants le rapport étroit qui existe entre l’œuvre de Miron et la société québécoise, ce qui permet de mettre en lumière certains des grands thèmes de l’œuvre : l’aliénation collective et individuelle, la quête de l’identité et du pays. Toutefois, si cette dimension permet d’initier les étudiants à L’homme rapaillé, on ne saurait restreindre l’œuvre à son contexte social. C’est pourquoi les étudiants seront amenés, en second lieu, à comprendre en quoi et pourquoi la langue constitue un enjeu esthétique majeur dans l’œuvre de Miron.
La première activité (qui sera réalisée à la maison) a pour but d’amener les étudiants à se prononcer sur leur rapport à la poésie en général et de mettre en perspective leurs connaissances à ce sujet à partir des questions suivantes : « Aimez-vous la poésie? Pourquoi? », « À partir de quoi peut-on dire que quelque chose est poétique? Donnez des exemples de ce qui apparait poétique dans votre quotidien. » et « D’après vous, à quoi la poésie peut-elle être utile (sur les plans social, littéraire, politique, etc.)? Pourquoi? ». En classe, les étudiants auront l’occasion de se prononcer, en grand groupe, sur chacune des trois questions. Grâce à cette discussion, les étudiants se seront situés comme sujets-lecteurs parce qu’ils auront explicité leur point de vue de même qu’ils auront entendu le point de vue de leurs pairs sur la poésie.
Seconde activité : Le documentaire Les outils du poète par André Gladu et la notion d’« aliénation linguistique »
Après avoir fait cet exercice en groupe, nous comptons faire connaitre L’homme rapaillé à la lumière de l’homme et de l’acteur social qu’a été Gaston Miron. La présentation du documentaire Les Outils du poète d’André Gladu (50 min.) est donc de mise pour non seulement faire découvrir l’auteur aux étudiants, mais pour également aborder l’œuvre à partir d’un point de vue biographique et sociohistorique. Cet exercice a pour but de présenter aux étudiants la notion « d’aliénation linguistique » décrite par Miron. Après que les étudiants aient écouté le documentaire et fait une première lecture de L’homme rapaillé, le professeur leur demande de répondre à la question suivante : « De quel problème Gaston Miron prend-il conscience par rapport à la langue française lorsqu’il arrive à Montréal? ». Le but de cette activité est de cerner précisément la question de l’aliénation linguistique et culturelle, notion qui est à la base de la démarche poétique de Miron.
PENDANT LA LECTURE
Troisième activité (second cours) : Atelier de lecture des poèmes de Miron
Pour ce cours, les étudiants, auront préalablement lu « Le bilingue de naissance » et « Le mot juste » et les poèmes « Aliénation délirante (recours didactique) » et « Monologues de l’aliénation délirante » à partir des questions suivantes : « En quoi l’essai “Le mot juste” fait-il écho au poème “Monologues de l’aliénation délirante”? Trouvez 5 vers qui, pour vous, éclairent la lecture de l’essai. Pour chaque vers, justifiez brièvement votre réponse » et « Les textes “Aliénation délirante” et “Le bilingue de naissance” traitent tous les deux d’un “conflit linguistique” dont prend conscience le poète :
- Qu’est-ce qui distingue ces deux textes sur le plan de la forme?
- Décrivez votre impression de lecture du poème en prose “Aliénation délirante” ».
Le professeur interroge le groupe sur les questions qui ont été données en devoir. À chaque réponse, le professeur peut glisser des notions sociohistoriques du Québec qui servent de complément aux réponses. À la suite de cette première partie magistrale interactive, les étudiants se mettent en équipe de quatre ou cinq pour lire et analyser un poème en vers de Miron : « Héritage de la tristesse ». Lors de cet exercice, les étudiants doivent répondre à la question suivante : « de qui le poème “Héritage de la tristesse” fait-il le portrait? Appuyez votre interprétation sur des vers du poème. » À partir de la question posée aux étudiants, le professeur fait une analyse du poème avec le groupe sur un document Word ou sur un transparent : il tente avec eux de comprendre le sens du titre, il demande le sens des mots inconnus ou méconnus, fait ressortir les liens que les mots entretiennent entre eux (logique textuelle). Le professeur donne en devoir des séquences de textes poétiques à lire pour le prochain cours : « La marche à l’amour (fragments) », « La vie agonique », « L’amour et le militant », « poèmes de l’amour en sursis », « La batèche (fragments) ».
La première partie consiste à mettre en relation la poésie de Miron avec celle d’autres poètes d’ici et d’ailleurs qui partagent des caractéristiques similaires. En équipes de 4 ou 5 personnes, les étudiants font des analyses comparées pour aborder deux principaux aspects de la poésie de Miron : l’engagement politique (et social) et le lien qui existe entre langue parlée et poésie. Pour aborder la question de la langue, nous suggérons de mettre en relation la poésie de Miron avec des textes de Gérald Godin, Michèle Lalonde, Jean Narrache, Plume Latraverse, Gilles Vigneault. Pour aborder la question de l’engagement social en poésie, nous suggérons des auteurs étrangers tels que Léopold Senghor, Pablo Neruda, Aimé Césaire, Federico Garcia Lorca, Nazim Hikmet et Jacques Prévert. Deux questions ouvertes servent à analyser leur lecture : « Selon vous, quelles sont les caractéristiques communes de ces deux textes (sur le plan du vocabulaire, des thèmes) et pourquoi? » et « Selon vous, quelles sont les grandes différences entre les deux textes sur le plan des thèmes ou de la forme? » Un retour en grand groupe permet de mettre en commun les réponses des étudiants et de compléter les points amenés par chacune des équipes.
Pour cette activité, les étudiants auront préalablement lu la préface de Pierre Nepveu[2], le poème liminaire « L’homme rapaillé », la partie du recueil intitulée « influences » et la notice biographique de Gaston Miron. Les étudiants doivent répondre à la question suivante à la suite de leur lecture (ils font cet exercice à la maison) : « Pourquoi Gaston Miron n’a-t-il publié L’homme rapaillé qu’en 1970 alors qu’il s’adonnait à l’écriture depuis plus de 25 ans déjà? » En classe, le professeur fait un exposé magistral sur la genèse de L’homme rapaillé en partant de cette question. Ensuite, le professeur leur montre les différentes versions du recueil L’homme rapaillé et les différentes pages couvertures : la première édition aux Presses de l’Université de Montréal (1970) et les reproductions manuscrites de poèmes qu’on y trouve, l’édition François Maspéro (1981) qui représente la percée de l’œuvre dans le marché littéraire français, l’édition de l’Hexagone (1994) dans laquelle on retrouve les commentaires de l’auteur en marge des poèmes et des reproductions manuscrites de poèmes inédits, l’édition de poche Typo (1998) avec l’illustration de la couverture représentant un « homme rapaillé » et, enfin, l’édition de la collection « poésie NRF/Gallimard » (1999) qui représente une consécration sur le plan international.
APRÈS LA LECTURE
À la suite de cette présentation sur les éditions successives de l’œuvre, les étudiants sont conviés à un atelier de création à partir des « vers en souffrance » indiqués par Miron lui-même dans l’édition de 1994. Les étudiants travaillent en équipe de deux à partir des consignes suivantes :
-Proposez au moins trois substitutions au vers en souffrance en respectant les critères suivants :
o Les nouvelles suggestions doivent concorder avec les grands thèmes du poème;
o Les nouveaux vers doivent respecter le ton, le rythme, le vocabulaire des vers voisins du poème;
o La suggestion doit évidemment s’appuyer sur le « vers en souffrance » qu’il faut améliorer.
Le professeur peut éventuellement distribuer les poèmes de telle sorte qu’un nombre égal d’équipes travaillent sur les mêmes poèmes. Ils pourront alors se regrouper dans le but d’échanger à propos des variations qu’ils ont proposées. L’activité terminale de cette séquence, hors classe, sera de mettre en relation deux ou plusieurs poèmes de Miron et d’autres auteurs de poésie, et de créer un poème « rapaillé » à partir des textes choisis par l’étudiant. Ce travail individuel aura pour but de faire un nouveau poème. L’étudiant doit choisir deux poèmes, et l’un doit provenir du recueil L’homme rapaillé. Le second poème peut être d’un auteur d’ici ou d’ailleurs. Le travail de création consistera à faire un mélange des deux poèmes[3] et d’y mettre des vers qu’il aura créés lui-même. Il s’agit donc d’un travail de réécriture de poèmes existants permettant de se les approprier. Sera également exigé de cette activité de création un texte de 500 à 700 mots qui donne l’occasion aux étudiants de justifier pourquoi les poèmes choisis sont mis en relation. Les étudiants devront également rendre compte, dans ce travail, de leur démarche de création.
BIBLIOGRAPHIE
MIRON, Gaston, L’homme rapaillé, troisième édition, version définitive, préface de Pierre Nepveu, Montréal, Typo (poésie), 1998, 250 p.
Ouvrages consultés sur l’œuvre de Miron :
BRAULT, Jacques, « Miron le magnifique » dans Chemin faisant, Boréal (collection « papiers »), 1994, p. 24-55.
Collectif, Gaston Miron, un poète dans la cité, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 1999, 227 p.
Collectif, Miron ou la marche à l’amour, Montréal, L’hexagone, 2002, 293 p.
GAULIN, André, « L’homme rapaillé de Gaston Miron » dans le Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec, Tome IV (1970-1976), p. 401-408.
GLADU, André, Les outils du poète, Montréal, Les éditions du lundi matin, 52 min.
FILTEAU, Claude, L’homme rapaillé de Gaston Miron, Montréal, Éditions trécarré, (Lectoguide), 127 pages.
NEPVEU, Pierre, Les mots à l’écoute. Poésie et silence chez Fernand Ouellette, Gaston Miron et Paul-Marie Lapointe, Québec, Nota bene, 360 p.
[1] Gaston Miron, « Un long chemin » dans L’homme rapaillé, Montréal, Typo, p. 200 (À noter que les étudiants travaillent avec cette édition.)
[2] Les élèves doivent obligatoirement se procurer l’édition Typo de 1998, qui constitue l’édition définitive.
[3] L’étudiant n’est pas tenu de mélanger les deux poèmes dans leur intégralité : il peut les reprendre en partie seulement, changer des mots de place, couper des vers, dans le but de faire un nouveau poème.