Un dimanche à la piscine à Kigali
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Séquence didactique
Justification de la pertinence de l’œuvre choisie et objectifs d'apprentissage
Cette séquence didactique peut s’inscrire dans le cadre de chacun des cours de français obligatoires du système d’enseignement collégial québécois. Elle a pour but de permettre à l’étudiant de poser un regard critique sur les représentations du monde, de l’Autre, ainsi que sur ce que Dumont nomme le lieu de l’homme[1]: la culture. Cette séquence didactique propose donc à l’élève de poser un regard sensible et informé sur le monde pour en comprendre les représentations sociales et artistiques. Plus précisément, cette séquence vise à ce que l’étudiant puisse prendre conscience de la médiatisation des violences africaines ainsi que du traitement littéraire des événements de 1994 au Rwanda.
Situations-problèmes
Le roman de Gil Courtemanche pose certains problèmes de lecture en raison du sujet abordé et de son traitement littéraire. En effet, Courtemanche propose un jeu de représentations qui oscille entre réalité et fiction, ce qui complexifie la classification de cette œuvre littéraire. Les événements qui y sont racontés et leur ancrage historique s’opposent et se conjuguent judicieusement à la fiction littéraire, ce qui pose au lecteur un problème d’ordre éthique : comment peut-on légitimer une œuvre artistique qui traite d’un sujet aussi saisissant, voire indicible ? Cette séquence didactique vise donc à ce que l’étudiant soit en mesure de :
Prendre conscience des idées préconçues et des stéréotypes véhiculés au sujet des violences africaines, tout en prenant une distance critique par rapport aux informations qui lui sont présentées.
Comprendre et maîtriser les concepts formels de construction des représentations littéraires des violences, et réfléchir à leurs enjeux.
L’étudiant sera donc amené à s’interroger sur les aspects sociologiques, formels et historiques dans lesquels s’inscrit et se construit cette œuvre de Courtemanche.
Avant la lecture
Trois activités précèdent la lecture de l’œuvre et sont proposées à titre de pistes de lecture[2] pour orienter les étudiants dans leur compréhension du texte. Ces activités ont pour objectif de démontrer aux étudiants quelles sont les répercussions de la médiatisation occidentale des violences africaines tout en leur proposant de poser un regard critique sur celles-ci.
Activité 1 – Clichés et stéréotypes, activation des connaissances antérieures
Les étudiants doivent remplir le questionnaire suivant dans le but de voir quelles sont les connaissances qu’ils possèdent sur l’Afrique et le génocide rwandais, tout en prenant conscience qu’ils s’inscrivent dans une communauté où l’information est fortement axée sur le stéréotype.
Que connaissez-vous de l’Afrique ?
Qu’est-ce que « Rwanda » évoque pour vous?
Qu’est-ce qu’un stéréotype?
Activités 2 et 3 – Information objective?
Ces deux activités portent sur la médiatisation du génocide rwandais. Dans un premier temps, deux articles de journaux (Le Devoir et Le Monde diplomatique) sont analysés dans une perspective d’objectivité. L’élève aura à relever les marques d’objectivité et de subjectivité ainsi que la focalisation du narrateur par rapport à l’événement raconté. La première activité porte donc sur la théorie du discours journalistique, ce qui, considérant le statut d’écrivain de Courtemanche, constitue des connaissances des plus utiles pour la compréhension de la construction du roman. La deuxième activité consiste en la rédaction d’un article de journal fictif après une recherche d’informations (à la maison) faite par les élèves. Ceux-ci pourront expérimenter la construction narrative dite objective et ainsi vérifier s’ils ont bien saisi les notions présentées lors de l’activité précédente.
Pendant la lecture
Activité 4 – Analyse du préambule: roman, chronique ou témoignage?
Nous travaillerons ici sur les manipulations littéraires qui servent la légitimation d’une telle œuvre. L’enseignant, en début de période, doit construire un exposé magistral au cours duquel il aborde les notions de témoin-conteur et de témoin-mémorialiste : on cherche ici à ce que les élèves acquièrent des notions théoriques concernant la réception de la lecture, de façon à ce qu’ils puissent comprendre comment le roman joue avec la perception du lecteur. Nous analysons en groupe le préambule du roman, où le travail sur la légitimation du texte est évident et éloquent.
Activités 5 et 6 – Analyses comparées
La première activité est consacrée au visionnage d’extraits choisis du documentaire La Shoah et à une discussion en équipe sur les effets des constructions narratives. Les élèves devront mettre en relation la forme de l’extrait visionné (le témoignage) et des éléments du paratexte du roman (citations, références historiques, etc.). Cet exercice vise à ce qu’ils puissent comparer les constructions narratives et leurs répercussions sur le lecteur. Quelle est la forme narrative la plus efficace ? Pourquoi adhère-t-on plus facilement à une forme narrative qui nous semble plus vraisemblable, voire réelle ?
La seconde activité vise à ce que les élèves puissent comparer deux postures narratives littéraires. Un extrait d'Un dimanche à la piscine à Kigali (p. 225-226) sera comparé à un extrait de L’Aîné des orphelins (p. 14-15 et 153-156) de Tierno Monénembo[3]. L’analyse comparée devra être orientée par les questions suivantes :
Comment le sujet est-il abordé?
Quel est le type de narrateur?
Observe-t-on des marques de subjectivité et/ou d’objectivité?
Quelles sont les répercussions des postures narratives sur la lecture?
Cette activité a donc pour objectif de permettre aux élèves de comprendre la dimension affective de la lecture, tout en y posant un regard critique et en y intégrant les notions acquises depuis le début de la séquence. Une discussion en groupe devra suivre cette analyse, et quelques notions théoriques concernant les théories de la réception (réception d’archives historiques ou réception impliquée[4]) devront être enseignées.
Activité 7 – Table ronde : l’indicible et la beauté littéraire
Cette activité porte sur le rapport à la beauté du monde que l’on retrouve dans le roman de Courtemanche. Comment un écrivain peut-il rendre compte de la beauté, alors que le sujet abordé, les violences inhumaines, semble indicible ? Cette période est donc consacrée à l’analyse de l’utilité, de la construction et des répercussions de l’utilisation de la poésie dans ce roman. Les élèves auront à se préparer en équipe de trois en vue d’une table ronde ayant pour sujet les poèmes de Paul Éluard dans le chapitre onze. À ce moment-ci de la séquence didactique, l’enseignant ne devrait qu’orienter la discussion : l’activité doit être menée en majeure partie par les élèves[5]. Il s’agit ici d’une plénière au cours de laquelle les élèves auront à s’exprimer oralement de façon claire et précise sur l’œuvre.
Après la lecture
Activité 8 – Réinvestissement des connaissances et création littéraire
Cette activité constitue un réinvestissement et une réutilisation finale des connaissances acquises au cours de cette séquence didactique. Il s’agit d’une activité de création d’une durée de deux périodes au cours desquelles les élèves devront réécrire un extrait de Un dimanche à la piscine (p.105-106) en changeant le narrateur. Ils auront donc à choisir un des personnages présents (Valcourt, Gentille, Cyprien) et devront réécrire la scène du point de vue de ce personnage. On vise ici à ce que les élèves puissent réutiliser toutes les connaissances acquises au cours de la séquence didactique pour produire à leur tour un texte littéraire traitant des « événements » de 1994.
Activité 9 – Évaluation, commentaire justificatif
Les élèves devront produire un commentaire critique sur leur création et justifier les éléments qui composent leur texte[6] (posture d’écriture), tout en insistant sur l’effet recherché chez le lecteur (réception d’archives ou réception impliquée)[7]. Le commentaire doit être fait à la maison avant la dernière période de cette séquence didactique et constitue l’évaluation finale des apprentissages effectués en classe. L’élève devra, de plus, lire Le degré Xérox de la violence de Jean Baudrillard[8] pour la période suivante.
Activité 10 : Conclusion, la Haine et le degré Xérox de la violence
Nous reviendrons en groupe pour discuter des réflexions qui auront été faites tout au long de cette séquence didactique. Nous regarderons d’un tout autre angle le questionnaire que les élèves auront rempli lors de la première période de la séquence pour comparer les réponses initiales au regard « actualisé et informé » des élèves en fin de parcours didactique. Cette dernière période constitue un moment de réflexion pour les élèves qui auront à poser un regard personnel sur leurs perceptions du monde et sur leur rapport à l’information qui leur est présentée. Il s’agit ici de conclure cette séquence didactique en permettant aux élèves de s’exprimer sur ce qu’ils ont appris au cours de cette séquence tout en transférant leurs connaissances à l’actualité.
[1] Fernand Dumont., « Le lieu de l’homme, La culture comme distance et mémoire », dans Denis Simard, L’enseignement : profession intellectuelle, Québec, Presses de l’université Laval, coll. « Éducation et culture », 2004, p. 3.
[2]Érick Falardeau, « Piste d’entrée en littérature ou en lecture? », Enjeux, no 58, déc. 2003, p. 83-94.
[3] Une séquence didactique porte sur ce roman. Voir L’aîné des orphelins, Tierno Monénembo, par Émy Roy Paradis, Automne 2007.
[4] Basé sur le texte de Alain Goldshläger, « La littérature de témoignage de la Shoah. Dire l’indicible - Lire l’incompréhensible », dans Texte, 2001, nos 19-20, pp. 259-278.
[5] Cette activité a pour objectif de laisser aux élèves une certaine autonomie d’expérimentation, il s'agit pour eux pour eux d’ajouter un plaisir du texte au parcours littéraire obligé. Voir à ce sujet Alfredo Luzi, Entre sociologie et sémiologie : la didactique de la littérature. www.erudit.org/revue/etudfr/1987/ Consulté le 16 décembre 2007.
[6]Anne-Marie Tauveron, « Le commentaire justificatif après l’écriture d’invention ou travailler la prise de distance avec son texte », Pratiques, 127, 2005, p. 113-132.
[7] Ce type d’activité, selon Bernard Daunay, « [aide] l’élève à objectiver l’acte de lecture et de compréhension, [tout en ayant] pour but de l’amener à réfléchir sur les processus cognitifs qu’il met en œuvre dans une activité de lecture. Bertrand Daunay, « De l’écriture palimpseste à la lecture critique », Recherches, 1993, 18, p.108.
[8] Jean Baudrillard, Le degré Xérox de la violence, dans Libération, 1995.
Bibliographie
Œuvre étudiée
COURTEMANCHE, Gil, Un dimanche à la piscine à Kigali, Montréal, Boréal, 2002, 284p.
Ouvrages consultés
BAUDRILLARD, Jean, Le degré xérox de la violence, dans Libération, 1995.
DAUNAY, Bertrand, « De l’écriture palimpseste à la lecture critique », Recherches,1993, 18, p.108.
DUMONT, Fernand, « Le lieu de l’homme, La culture comme distance et mémoire », dans Denis Simard, L’enseignement : profession intellectuelle, Québec, Presses de l’université Laval, coll. « Éducation et culture », 2004, p. 3.
FALARDEAU, Érick, « Piste d’entrée en littérature ou en lecture? », Enjeux, no 58, déc. 2003, p. 83-94.
GOLDSHLÄGER, Alain, « La littérature de témoignage de la Shoah. Dire l’indicible - Lire l’incompréhensible », dans Texte, 2001, nos 19-20, pp. 259-278.
LUZI, Alfredo, Entre sociologie et sémiologie : la didactique de la littérature. www.erudit.org/revue/etudfr/1987/ Consulté le 16 décembre 2007.
MONÉNEMBO, Tierno, L’ainé des orphelins, Paris, Seuil, coll. « points », 2000, 157p.
TAUVERON, Anne-Marie, « Le commentaire justificatif après l’écriture d’invention ou travailler la prise de distance avec son texte », Pratiques, 127, 2005, p. 113-132.